Un dirigeant peut traverser une période de doute, de fatigue ou de sous-performance sans que sa capacité à conduire l’entreprise soit durablement remise en cause.
Diriger expose naturellement à la pression, à l’incertitude, aux arbitrages difficiles et à une forme d’isolement.
Mais certaines difficultés s’installent progressivement et finissent par affecter :
- la qualité des décisions ;
- la relation avec l’équipe de direction ;
- la confiance du Board ;
- l’énergie de l’organisation ;
- la capacité d’exécution ;
- les résultats de l’entreprise.
Le problème est rarement visible dès son apparition.
Le dirigeant peut chercher à préserver son image, à rassurer les équipes ou à résoudre seul la situation. Son entourage peut hésiter à lui faire part de ses inquiétudes. Le Board peut attribuer les difficultés au marché, à l’organisation ou à un retard temporaire.
Reconnaître les signaux suffisamment tôt permet pourtant d’éviter qu’une difficulté personnelle ou managériale ne devienne une crise de leadership et de gouvernance.
Un dirigeant en difficulté n’est pas nécessairement un mauvais dirigeant
Un CEO ou un directeur général peut avoir obtenu d’excellents résultats pendant plusieurs années et rencontrer des limites dans un nouveau contexte.
La situation peut évoluer plus vite que lui :
- l’entreprise change d’échelle ;
- la complexité augmente ;
- une acquisition doit être intégrée ;
- la performance se dégrade ;
- les actionnaires deviennent plus exigeants ;
- l’équipe de direction doit être renouvelée ;
- le modèle économique doit être transformé ;
- une crise externe fragilise l’activité ;
- le rôle ne correspond plus à ses motivations ou à son énergie.
La difficulté peut donc provenir de plusieurs sources :
- surcharge et fatigue ;
- isolement ;
- inadéquation avec la prochaine étape ;
- limites de compétences ;
- comportements contre-productifs sous pression ;
- conflits avec le Board ou le COMEX ;
- perte de confiance ;
- problèmes personnels ;
- désaccord stratégique ;
- organisation insuffisamment structurée.
Il est essentiel de comprendre la cause avant de décider de la réponse.
Les sept principaux signaux d’un dirigeant en difficulté
1. Une dégradation de la qualité des décisions
Le dirigeant prend des décisions plus rapides, plus hésitantes ou moins cohérentes qu’auparavant.
Il peut :
- changer fréquemment de priorité ;
- lancer de nombreuses initiatives sans les mener à terme ;
- retarder les arbitrages difficiles ;
- privilégier des solutions de court terme ;
- prendre des risques inhabituels ;
- ignorer certaines données ;
- refuser de revenir sur une décision malgré de nouveaux éléments.
Une mauvaise décision isolée ne suffit pas à conclure. C’est la répétition ou l’évolution inhabituelle du comportement qui doit alerter.
2. Une instabilité émotionnelle ou relationnelle
La pression peut modifier la manière dont le dirigeant interagit avec son entourage.
Les équipes peuvent observer :
- davantage d’irritabilité ;
- des réactions disproportionnées ;
- une sensibilité accrue à la contradiction ;
- des changements d’humeur ;
- une communication plus agressive ou plus froide ;
- une tendance à personnaliser les désaccords ;
- une perte de maîtrise dans certaines réunions.
Ces comportements peuvent progressivement réduire la qualité de l’information transmise au dirigeant. Les collaborateurs évitent alors les mauvaises nouvelles et adaptent leur discours à ce qu’ils pensent qu’il souhaite entendre.
3. Un isolement croissant
Le dirigeant se coupe progressivement des personnes qui pourraient l’aider.
Il peut :
- réduire les échanges informels ;
- éviter certaines réunions ;
- ne plus consulter son équipe ;
- s’appuyer uniquement sur quelques proches ;
- refuser les feedbacks ;
- limiter les contacts avec le Board ;
- décider seul de sujets auparavant discutés collectivement.
L’isolement nourrit souvent une boucle négative : le dirigeant dispose de moins d’informations, prend des décisions moins solides, perd davantage confiance et se replie encore.
4. Une perte d’énergie, de motivation ou d’engagement
Le dirigeant semble moins mobilisé par l’entreprise ou par son rôle.
Cela peut se traduire par :
- une fatigue visible ;
- une diminution de sa présence ;
- un désintérêt pour certains sujets clés ;
- une difficulté à mobiliser l’équipe ;
- une baisse de curiosité ;
- une incapacité à se projeter ;
- une moindre attention aux résultats ;
- un sentiment de résignation.
La perte d’énergie ne signifie pas nécessairement que le dirigeant souhaite partir. Elle peut révéler une surcharge, une période personnelle difficile, une perte de sens ou une inadéquation croissante avec le rôle.
5. Un rapport plus difficile à la contradiction
Un dirigeant fragilisé peut percevoir le désaccord comme une menace.
Il tend alors à :
- s’entourer de personnes très loyales ;
- exclure les voix critiques ;
- interrompre les débats ;
- sanctionner implicitement les mauvaises nouvelles ;
- attribuer les difficultés aux autres ;
- contester systématiquement les analyses du Board ;
- éviter toute remise en question personnelle.
Ce comportement est particulièrement dangereux, car il dégrade la capacité de l’organisation à détecter et corriger ses erreurs.
6. Une détérioration du fonctionnement de l’équipe de direction
Les difficultés du dirigeant se reflètent souvent dans le COMEX.
Plusieurs symptômes peuvent apparaître :
- conflits non arbitrés ;
- départs de dirigeants clés ;
- silos ;
- confusion sur les responsabilités ;
- décisions régulièrement remises en cause ;
- réunions peu productives ;
- contournement du CEO ;
- manque de confiance ;
- ralentissement de l’exécution.
Une évaluation de l’équipe de direction permet alors de distinguer ce qui relève du CEO, des membres du COMEX, de la gouvernance ou de l’organisation.
7. Une sous-performance qui persiste malgré les plans d’action
Les résultats se dégradent et les réponses apportées ne produisent pas les effets attendus.
Le dirigeant peut multiplier :
- les plans de transformation ;
- les réorganisations ;
- les annonces ;
- les changements de priorité ;
- les recrutements ;
- les objectifs ambitieux.
Mais les mêmes difficultés réapparaissent.
Il faut alors se demander si la sous-performance provient :
- de la stratégie ;
- du modèle économique ;
- du leadership ;
- de l’équipe ;
- de l’organisation ;
- de la culture ;
- ou de plusieurs de ces dimensions à la fois.
Quand la difficulté du dirigeant devient-elle un enjeu pour l’entreprise ?
Une difficulté personnelle devient un enjeu de gouvernance lorsqu’elle affecte durablement la capacité du dirigeant à remplir son mandat.
Plusieurs questions doivent être examinées :
- Les décisions importantes sont-elles encore prises avec suffisamment de discernement ?
- L’entreprise reçoit-elle une orientation claire ?
- Le dirigeant conserve-t-il la confiance de son équipe ?
- Les informations circulent-elles correctement ?
- Le Board reçoit-il une vision lucide de la situation ?
- Le dirigeant peut-il reconnaître ses limites et demander de l’aide ?
- Les comportements observés affectent-ils l’engagement ou la rétention ?
- La situation compromet-elle l’exécution du plan stratégique ?
- Les difficultés semblent-elles temporaires ou structurelles ?
Le Board doit éviter deux erreurs opposées :
- médicaliser ou dramatiser trop rapidement une période difficile ;
- attendre que les résultats, les équipes et la gouvernance soient profondément dégradés avant d’agir.
Comment comprendre les causes réelles ?
Les symptômes visibles ne suffisent pas pour choisir une réponse.
Un dirigeant peut sembler démotivé alors qu’il est en désaccord profond avec la stratégie imposée par les actionnaires. Il peut paraître autoritaire parce que l’organisation ne dispose plus des compétences nécessaires. Il peut être épuisé par une gouvernance excessivement interventionniste. Il peut aussi rencontrer une limite réelle dans son aptitude à diriger la prochaine étape.
L’analyse doit couvrir quatre dimensions.
Le leadership
- capacités ;
- jugement ;
- style de décision ;
- comportements sous pression ;
- énergie ;
- motivation ;
- potentiel d’adaptation.
La stratégie
- clarté des priorités ;
- réalisme du plan ;
- qualité des arbitrages ;
- alignement entre le CEO et le Board.
L’organisation
- qualité de l’équipe ;
- répartition des rôles ;
- circuits de décision ;
- ressources disponibles ;
- capacité réelle d’exécution.
La gouvernance et les relations
- attentes du Board ;
- niveau d’autonomie ;
- relation avec les actionnaires ;
- soutien reçu ;
- conflits non résolus ;
- qualité du dialogue.
Une évaluation du dirigeant peut apporter une lecture indépendante de son adéquation au rôle, de ses forces, de ses risques et de sa capacité à conduire la prochaine étape.
Lorsque le problème est plus large et combine leadership, gouvernance, stratégie et organisation, un dispositif de CEO & Board Advisory permet de diagnostiquer la situation, de clarifier les options et d’accompagner leur mise en œuvre.
Que peut faire le dirigeant ?
Reconnaître la difficulté suffisamment tôt
Demander de l’aide ne constitue pas un aveu d’échec.
Cela permet de distinguer :
- ce qui relève d’une période temporaire ;
- ce qui nécessite un changement de comportement ;
- ce qui doit être modifié dans l’organisation ;
- ce qui suppose un dialogue avec le Board ;
- ce qui remet éventuellement en question le rôle lui-même.
Recréer un espace de recul
Le dirigeant a besoin d’un espace dans lequel il peut parler sans devoir immédiatement rassurer, convaincre ou décider.
Le coaching de dirigeant peut l’aider à :
- clarifier la situation ;
- retrouver une capacité de décision ;
- identifier ses réactions sous pression ;
- reconstruire la confiance ;
- faire évoluer son leadership ;
- préparer des conversations difficiles ;
- retrouver de l’énergie et des priorités ;
- élaborer un plan de rebond.
Le coaching ne remplace toutefois pas une prise en charge médicale ou psychologique lorsque celle-ci est nécessaire.
Réouvrir le dialogue avec les parties prenantes
Le dirigeant doit pouvoir partager une analyse lucide avec son président, son Board ou ses actionnaires.
Ce dialogue peut porter sur :
- les causes de la difficulté ;
- les attentes réelles ;
- les priorités à court terme ;
- les ressources manquantes ;
- les décisions à différer ;
- les adaptations du rôle ;
- les modalités de suivi.
Que peuvent faire le Board et les actionnaires ?
1. Ouvrir une conversation factuelle et respectueuse
Le dialogue doit partir d’observations concrètes :
- décisions retardées ;
- changements inhabituels ;
- tensions au sein du COMEX ;
- résultats insuffisants ;
- départs ;
- difficultés relationnelles ;
- perte d’alignement.
L’objectif n’est pas de diagnostiquer psychologiquement le dirigeant, mais de comprendre ce qui affecte sa capacité à exercer son rôle.
2. Évaluer l’urgence et le niveau de risque
Le Board doit déterminer :
- si les difficultés menacent immédiatement l’entreprise ;
- si le dirigeant conserve une capacité de décision suffisante ;
- si les équipes clés restent mobilisées ;
- si la situation peut s’améliorer ;
- si des mesures temporaires sont nécessaires ;
- si un processus de succession doit être préparé.
3. Choisir parmi quatre types de réponse
Améliorer
Le dirigeant possède les capacités essentielles, reconnaît les difficultés et peut progresser.
Les réponses possibles incluent :
- coaching ;
- feedback ;
- développement ciblé ;
- clarification des objectifs ;
- suivi renforcé.
Compléter
Le dirigeant reste adapté mais ne peut plus couvrir seul tous les besoins.
Il peut être utile de :
- recruter un COO, un CFO ou un autre dirigeant ;
- renforcer le COMEX ;
- apporter une expertise externe ;
- redistribuer certaines responsabilités.
Adapter
Le problème provient en partie du rôle, du périmètre ou de la gouvernance.
Il est alors possible de :
- modifier les responsabilités ;
- réduire temporairement la charge ;
- clarifier les décisions réservées ;
- faire évoluer la relation avec le président ;
- revoir les priorités ;
- adapter l’organisation.
Remplacer
Lorsque le dirigeant ne peut plus remplir le mandat, refuse toute évolution ou crée un risque trop important, le remplacement peut devenir nécessaire.
Cette décision doit être préparée avec attention afin de préserver :
- la continuité de l’entreprise ;
- l’équipe de direction ;
- les talents clés ;
- la communication ;
- la confiance des parties prenantes ;
- la dignité du dirigeant.
Les erreurs à éviter
Attendre trop longtemps
Plus le Board attend, plus les difficultés risquent d’endommager l’équipe, les résultats et la confiance.
Confondre soutien et absence d’exigence
Aider un dirigeant ne signifie pas renoncer aux attentes liées à son mandat.
Réduire le problème à la personnalité
Une difficulté apparente du CEO peut aussi révéler une stratégie irréaliste, une gouvernance inefficace ou une organisation insuffisante.
Imposer un coaching sans diagnostic clair
Le coaching n’est pas toujours la bonne réponse. Il ne peut pas compenser un mandat impossible, un manque critique de capacités ou une perte complète de confiance.
Préparer immédiatement le remplacement sans explorer les autres options
Certains dirigeants peuvent retrouver une performance élevée si leur rôle, leur équipe ou leur accompagnement évoluent.
En conclusion
Un dirigeant en difficulté ne doit être ni abandonné, ni protégé indéfiniment, ni remplacé précipitamment.
La bonne réponse consiste à comprendre :
- ce qui a changé ;
- ce qui affecte réellement sa performance ;
- si les difficultés sont temporaires ou structurelles ;
- si le dirigeant peut évoluer ;
- quelles ressources ou adaptations sont nécessaires ;
- quel niveau de risque l’entreprise peut accepter.
Agir tôt permet souvent de préserver le dirigeant et l’entreprise.
Lorsque la situation est devenue critique, une évaluation indépendante aide le Board à choisir lucidement entre quatre options : améliorer, compléter, adapter ou remplacer.
Accompagner un dirigeant ou éclairer une décision du Board
WINGMIND accompagne les CEOs, dirigeants, Boards et investisseurs confrontés à une difficulté de leadership, de gouvernance ou d’exécution :
- diagnostic de la situation ;
- évaluation du dirigeant ;
- coaching confidentiel ;
- évaluation de l’équipe de direction ;
- clarification des options ;
- accompagnement des décisions sensibles ;
- préparation d’une adaptation du rôle ou d’une transition.
Échanger confidentiellement avec WINGMIND

Fondateur de WINGMIND, David Chouraqui accompagne les investisseurs en private equity et venture capital, les Boards et les dirigeants en tant qu’Operating Advisor et Executive Coach. Ancien investisseur en private equity et entrepreneur, il est spécialisé en Human Due Diligence, évaluation des dirigeants, diagnostic organisationnel et accompagnement des CEOs et des Boards. Il aide les organisations à renforcer les leviers humains de l’exécution et de la création de valeur.






